La réponse de DiEM25 est claire : nous sommes DANS l’UE, contre CETTE Union européenne actuelle ! Jeremy Corbyn et John McDonnell ont adopté ce point de vue : une opposition au Brexit claire et étudiée.

DiEM25 Communications
mer 10, 2018, Uncategorized
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Yanis Varoufakis est interrogé par le quotidien espagnol, La Razón. Lisez ses commentaires sur la question du Brexit, sur l’UE et sur les réponses progressistes de DiEM25 à l’« Internationale nationaliste ».

 

Pensez-vous que le fait que Jeremy Corbyn n’ait apparemment pas de position sur le Brexit joue en sa faveur ? Pourquoi ne dit-il pas clairement si il pense qu’il vaudrait mieux pour le Royaume Uni qu’il soit en dehors de l’UE ou non ?

Jeremy et moi partageons points de vue et expériences. L’une de ces expériences est la déformation brutale de nos opinions par les médias. Qui a dit que Jérémy ne disait pas clairement qu’il était souhaitable que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne ou non ? C’est une accusation absurde et sans fondement. Jeremy et moi avons durement fait campagne avant le referendum contre le Brexit. La ligne de DiEM25 était claire : DANS l’UE, contre CETTE Union européenne actuelle ! Jeremy Corbyn et John McDonnell ont adopté ce point de vue : une opposition au Brexit claire et étudiée.

Que Jeremy n’ait pas fait de grandes envolées lyriques sur l’UE, ni ne l’aie  présentéz comme la meilleure chose qui soit depuis l’invention du fil à couper le beurre est tout à son honneur. Il a ainsi démontré qu’il n’infantilisait pas les votants en leur présentant un monde où tout est soit noir soi blanc.

Après avoir perdu le référendum, Jeremy et moi avons refusé de diaboliser ceux qui avaient voté pour le Brexit ou de mettre en place un deuxième référendum qui aurait empoisonné pour toujours la démocratie en Grande Bretagne. Nous avons plutôt cherché des solutions pour réduire les coûts du Brexit, comme par exemple, la proposition de DiEM25 : que la Grande Bretagne adopte le modèle norvégien.

Que pensez-vous de la résurgence du socialisme en Espagne ? Avez-vous été heureux d’apprendre l’arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez ? Ou êtes-vous plutôt un partisan de Podemos ?

J’ai été ravi de voir Mariano Rajoy partir. J’ai également été enchanté d’apprendre que Pedro Sánchez avait exclu la xénophobie du débat et qu’il commençait à envisager des alternatives à l’austérité. Cependant, tant que le gouvernement espagnol n’aura pas mis au point une stratégie européenne renversant les politiques actuelles de Bruxelles, Francfort et Berlin, nos sociétés ne pourront pas respirer librement au sein de l’UE. Ma crainte est que ni le PSOE ni Podemos n’investissent assez de temps pour développer une telle stratégie. J’espère qu’ils le feront, conjointement, et pourquoi pas aidés dans leur démarche par l’expertise de DiEM25.

Selon vous, la Grèce est-elle mieux sans le filet de sécurité ou le parapluie que représente l’euro ?

L’euro n’a jamais été ni un filet de sécurité ni un parapluie pour le peuple grec, excepté pour l’oligarchie bien évidement. Il n’a été que pur poison. Depuis 2008, mon point de vue reste le même. La Grèce devrait rester dans la zone euro sous réserve d’une restructuration profonde de sa dette, d’un vaste programme d’investissement et de la mise en place de réformes qui décourageraient la recherche de rente par l’oligarchie. En revanche, si les autorités de l’UE empêchent tout cela en nous menaçant d’une sortie de la zone euro, nous devrions être prêts à nous retirer.

Vous avez dit que même si la croissance est de retour, l’euro est toujours en danger, pourquoi ?

Il n’y a pas eu de croissance durable et substantielle. L’euro est fragmenté et insoutenable. Il provoque des forces déflationnistes qui ne font que renforcer le pouvoir de l’extrême droite et des mouvements racistes. La dette de l’Italie, pour donner un exemple précis, s’élève à 2 500 milliards d’euros, et son système bancaire est insoutenable dans le système monétaire actuel. Ça n’est donc pas un hasard si le pays est gouverné aujourd’hui par un vice premier ministre qui emploie une tactique purement fasciste pour attiser la haine raciale et renforcer son pouvoir.

Nous vivons actuellement une guerre commerciale. Donald Trump est-il la menace principale de l’économie mondiale ?

Donald Trump est un symptôme des échecs des pouvoirs libéraux en place. La crise de 2008 a détruit les fondements du capitalisme mondialisé, celui des entreprises financiarisées. L’instauration par les pouvoirs en place d’un “socialisme” pour les financiers et de l’austérité pour les autres a donné naissance à l’Internationale nationaliste dirigée par Donald Trump aux États-Unis. Nous sommes replongés dans la période d’après crise de 1929, lorsque, du moins en Europe, une classe dirigeante ignorante avait involontairement alimenté le fascisme en tentant de transférer les pertes des financiers aux masses populaires.

Vous êtes aujourd’hui à la tête du mouvement paneuropéen DiEM25. Pourquoi souhaitez-vous retourner à Bruxelles ?

Je n’ai aucun intérêt à revenir à Bruxelles. Cependant, en tant que démocrates pro-européens engagés voyant l’Europe détruite par les racistes, nous, membres de DiEM25, nous sentons obligés de proposer aux Européens une alternative à l’absurdité autoritaire des pouvoirs néolibéraux pro-européens en place d’une part, et  aux forces xénophobes qui profitent de la fragmentation de l’Europe pour nous envoyer dans une version postmoderne des années 1930 d’autre part.

Personnellement, il y a des années en arrière, je pensais que les mesures d’austérité et l’économie en général allaient briser l’Europe. Aujourd’hui, je pense que c’est le problème des migrations. Êtes-vous d’accord ? Quelles sont vos propositions/ solutions au sein de DiEM25 pour régler cet enjeu crucial ?

C’est une erreur de considérer l’austérité et les migrations comme deux problèmes séparés. L’austérité a provoqué une dépression constante dans des pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal, les pays de la mer Baltique, la Hongrie, ainsi qu’un environnement déflationniste qui ronge les économies de la classe moyenne dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays Bas. L’insécurité et la crainte que cette réalité économique inspire aux peuples, ajoutées à la perte totale de toute vision unitaire de la part des politiciens de l’Establishment, ont ouvert la voix aux racistes pour faire des migrants un symbole de tout ce qui ne va pas en Europe. Tout comme dans l’entre-deux-guerres, le racisme s’est élevé à la suite de la Grande Dépression, aujourd’hui la xénophobie et la prétendue crise migratoire portent atteinte à l’intégrité et empoisonnent l’âme de l’Europe. La réponse de DiEM25 à toutes ces questions se trouve dans notre programme New Deal paneuropéen exhaustif combinant (i) un programme de 500 milliards d’euros destinés à être investis annuellement dans la transition économique verte, et, par conséquent, à créer des millions d’emplois de qualité, et (ii) une politique migratoire radicale basée sur notre slogan sans concession « Accueillons-les ».

Chaque fois que votre nom est mentionné, il est suivi par l’adjectif « populiste ». Aimez-vous être sous la même étiquette que des hommes politiques tels que Matteo Salvini par exemple ?

Aucun politicien en Europe n’a jamais lutté autant que moi contre le populisme. Que l’Establishment tente de dépeindre toute personne s’opposant à sa politique comme populiste ne m’empêche pas de dormir. Demandez-vous qui a  encouragé et renforcé le Brexit. Moi, Varoufakis (qui a fait campagne dans tout le Royaume Uni contre le Brexit) ou la rhétorique et les politiques autoritaires, anti-démocratiques et d’austérité de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne, d’Angela Merkel et du FMI ? Qui a plus favorisé et donné du pouvoir à Matteo Salvini (Que j’ai étiqueté comme fasciste.)? Varoufakis ou Mario Monti, Mario Draghi et Matteo Renzi, dont les politiques ont fait baisser le revenu par habitant un peu plus chaque année en Italie ?

Tout en sachant à quel point ce fût difficile, si Alexis Tsipras vous demandait d’être à nouveau son ministre des Finances, accepteriez-vous cette charge ?

Pourquoi voudrais-je servir dans un gouvernement qui s’est totalement soumis aux politiques contre lesquelles nous avions été élus en 2015 ?

La Grèce a mis fin à son troisième accord de sauvetage financier avec les créditeurs internationaux, le sacrifice que les Grecs ont fait en vaut-il la peine ?

Votre question me fait de la peine. Pourquoi ? Parce qu’elle me rappelle que la propagande de l’oligarchie grecque et européenne a réussi à véhiculer l’illusion que « l’accord de sauvetage » était terminé. Que nenni. Rien n’est fini. Le résultat est qu’il ne reste rien de l’argent injecté lors du troisième sauvetage et qu’un quatrième programme de sauvetage est en place sous un autre nom. L’austérité continue d’être ridicule (notamment avec de nouvelles coupes dans les retraites, des augmentations d’impôt pour les plus pauvres et des taux d’imposition punitifs pour la classe moyenne qui seront introduits en 2019), tandis que l’insolvabilité de l’État grec est prolongée jusqu’en 2060.  Les saisies de logements vont s’accélérer, les jeunes quittent le pays, les entreprises font faillite ou partent elles aussi. La seule différence entre le quatrième et le troisième sauvetage réside dans le fait qu’au lieu d’accorder à l’État grec de nouveaux emprunts lui permettant de prétendre que nous remboursons les anciens, il reporte maintenant le remboursement de cet emprunt après 2032 avec les intérêts.

Les Grecs vivent-ils mieux maintenant qu’en 2010, lorsque le pays avait été sauvé pour la première fois ?

La Grèce n’a jamais été sauvée. Les banques françaises et allemandes ont été sauvées au moyen de prêts d’un montant de 326 milliards d’euros, le tout en hausse de 2010 à 2015. De ce montant, l’État grec n’a pu en conserver que 5 %. Qu’est-ce que le peuple grec a tiré de ce « sauvetage » ? En voici la liste désastreuse :

  • 380 000 jeunes ont quitté le pays avant 2015
  • 200 000 personnes sont parties après l’été 2015 et 15 000 personnes quittent le pays chaque mois
  • 1 famille sur 2 n’a aucun membre qui a un travail
  • 60 % des enfants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté de 2008
  • Un tiers des travailleurs grecs est obligé de travailler pour 384 euros par mois (avant impôt)
  • 700 000 travailleurs précaires sont obligés de payer leurs impôts un an à l’avance
  • Avant 2015, les retraites avaient chuté de 40 %. Après l’été 2015, elles ont encore chuté de 10 % à 20 %, puis chuteront à nouveau de 18 % en 2019.
  • Le modeste versement de solidarité aux retraités les plus pauvres a été supprimé
  • Les citoyens doivent désormais payer jusqu’à 50 % des frais pharmaceutiques et hospitaliers
  • La moitié des diplômés en médecine émigrent
  • L’allocation de chauffage pour les familles pauvres a été réduite de 50 %
  • Les taxes sur le revenu et la TVA pour les familles pauvres sont en hausse
  • Les expulsions des logements s’accélèrent
  • Les chemins de fer d’État, les ports du Pirée et de Thessalonique, ainsi que l’ancien aéroport d’Athènes – vendus aux oligarques pour des cacahuètes
  • 14 aéroports régionaux vendus à une société allemande d’État, avec de l’argent fourni par les Grecs
  • Aucun euro reçu des privatisations ne sera investi en Grèce – tout ira aux créanciers
  • Le taux de mortalité en Grèce augmente trois fois plus vite que dans le reste de l’Europe
  • Les suicides sont en hausse de 45 %
  • La dette continue d’augmenter
  • Le revenu national est toujours inférieur de 25 % à celui de 2008.

Ne regrettez-vous rien de ces mois passés en tant que ministre des Finances grec ? Qu’en est-il de cette interview photographiée en train de dîner avec votre épouse à l’époque sur la terrasse à Athènes qui a fait la une de plusieurs médias à travers le monde ?

Je regrette d’avoir été trop accommodant avec la Troïka, en demandant par exemple une prolongation de quatre mois de nos négociations, présumant que la Troïka négocierait de bonne foi. Ils n’étaient tout simplement pas intéressés. Rétrospectivement, j’aurais dû mettre fin aux négociations à la fin du mois de février 2015, faire défaut à notre dette envers la BCE et activer notre propre système de paiement. En ce qui concerne le reportage photo que vous avez mentionné, prenez un moment pour réfléchir à ce que vous demandez : les oligarques de l’Union européenne ont condamné notre peuple à trente ans d’esclavage et d’émigration et  vous vous focalisez sur des photos de ma femme et moi dînant sur notre terrasse comme si c’était un crime?

En 2015, je me souviens d’avoir lu tous les jours des articles sur vous. Aimez-vous être sous le feu des projecteurs ?

Non, je n’aimais pas être à l’honneur, surtout dans le contexte de ma vie quotidienne. Chaque fois que les médias se concentraient sur ma moto ou ma femme, je savais qu’ils le faisaient pour ne pas parler de nos gens affamés, dans le besoin, affolés et désespérés. En 2015 et à ce jour, les médias internationaux continuent de saper leur crédibilité par un comportement inconvenant.

P.S. Version française d’après l’échange de mails avec le journaliste en anglais.

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