Le Pacte vert de l’UE ne suffira pas à nous sauver de la catastrophe climatique

Seule une action politique radicale peut espérer redresser la crise climatique.

La crise climatique est l’une des menaces les plus graves auxquelles l’humanité devra faire face au cours des prochaines décennies. L’inertie qui a caractérisé l’(in)action des gouvernements ces dernières années met clairement en évidence la crise politique de l’Union européenne. En raison de la montée des mouvements luttant contre la dégradation du climat et exigeant une action politique — des mouvements qui rassemblent, de façon étonnante, des personnes de tous âges et tous milieux culturels — des investissements verts semblent figurer à l’agenda de l’UE.

Récemment, Ursula von der Leyen a déclaré que l’objectif était d’atteindre une réduction de 55 % des émissions d’ici 2030, grâce à la mobilisation d’au moins 100 milliards d’euros sur la période 2021-2027. Ce montant diffère de manière substantielle des demandes de certains mouvements de protestation, comme Fridays For Future [les vendredis pour l’avenir] et Extinction Rébellion qui ont contesté une communication « mensongère » de l’UE. Dans un article intitulé « l’UE triche avec les chiffres et vole notre avenir », Greta Thunberg déclare ce qui suit :

« L’une des plus grandes menaces actuelles contre l’humanité est de croire que des mesures climatiques réelles et suffisantes sont prises, que les choses sont prises en main, alors qu’en fait elles ne le sont pas. Pas du tout. Le temps des « petits pas dans la bonne direction » est révolu depuis longtemps et pourtant, c’est, au mieux, exactement ce que nos dirigeants essaient d’accomplir. Ils volent littéralement notre avenir juste devant nos yeux.

Les objectifs proposés de réduction des émissions de CO2 de 55%, 60% ou même 65% pour l’UE d’ici 2030 sont loin d’être en accord avec l’objectif de limitation de la hausse des températures à moins de 1,5°C ou même celui « bien en dessous de 2°C » de l’Accord de Paris. »

Dans une lettre ouverte, de nombreuses personnalités publiques et de nombreux activistes réclament une action climatique qui réponde à la menace de l’effondrement climatique.

Une question fondamentale se pose donc : quels sont les efforts nécessaires pour faire face à la crise climatique ?

Pour répondre à cette question, il faudrait commencer par les considérations de la communauté scientifique concernant ce phénomène. La référence scientifique est constituée par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), un organe intergouvernemental des Nations Unies créé en 1988.

L’un des rapports spéciaux les plus importants est celui qui explique les impacts dramatiques potentiels du réchauffement climatique si celui-ci dépasse 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, et les émissions correspondantes de gaz à effet de serre pour limiter la hausse de la température. L’élévation de 1,5 °C est un niveau qui limiterait l’impact désastreux sur la planète, impact auquel le monde, et certaines régions en particulier, sont de toute façon déjà confrontées. En effet, nous ressentons déjà les effets de la crise climatique avec l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des conditions climatiques et météorologiques extrêmes. Un réchauffement supérieur à 1,5 °C est désormais géo-physiquement inévitable.

Le rapport du GIEC indique : « Dans les modèles sans (ou avec un léger) dépassement de la barre des 1,5 °C, les émissions nettes mondiales de CO2 anthropiques diminuent d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici 2030, atteignant le zéro net vers 2050.» Il ajoute également que : « Les estimations des résultats mondiaux en matière d’émissions basées sur les ambitions actuelles déclarées à l’échelle nationale, telles qu’elles sont présentées dans le cadre de l’Accord de Paris, conduiraient à des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2030 de 52 à 58 Giga tonnes équivalent CO2 (avec un degré de confiance moyen). Ces émissions ne limiteraient pas le réchauffement climatique à 1,5 °C. »

Néanmoins, le GIEC propose deux voies offrant entre une chance sur deux et deux chances sur trois que le réchauffement soit limité à 1,5 °C ou revienne à 1,5 °C vers 2100 après un dépassement, selon la vitesse à laquelle nous serons en mesure de mettre en œuvre de tels changements.

L’accord international actuel ne suit pas les conseils de la communauté scientifique internationale.

En outre, il ne considère pas un autre aspect fondamental, également souligné dans le rapport du GIEC : celui de l’équité climatique. En fait, la plupart des gaz à effet de serre passés et actuels n’ont été émis que par quelques pays comme la Chine et les États-Unis. Si la plupart des pays industrialisés sont en mesure d’atteindre zéro émission nette d’ici 2050, cette mesure empêcherait les pays en voie de développement de bénéficier des conditions dans lesquelles l’Europe, les États-Unis et la Chine ont pu développer leurs économies, exacerbant l’écart entre ces deux groupes de pays. Tout New Deal vert doit donc assurer une transition aussi juste que durable, compte tenu des implications que tout accord aurait pour les pays du Sud.

La communauté scientifique nous donne une ligne directrice pour juger de l’aptitude de tout « pacte vert ». Tout plan qui ne conduirait pas une nation à atteindre le « zéro net » en 2050 serait tout simplement insuffisant. De même, tout projet qui ne limiterait pas rapidement les émissions avant 2030, comme celui proposé par Ursula von der Leyen, serait lui aussi insuffisant. De plus, il n’est tout simplement pas acceptable qu’un projet ne soit pas équitable et ne prenne pas en compte des marges raisonnables pour limiter les risques.

Jusqu’à présent, le seul plan crédible pour faire face à la crise climatique est celui du New Deal Vert pour l’Europe (GNDE).

Le New Deal Vert pour l’Europe est le plan d’investissement le plus ambitieux jamais présenté par un parti européen. À lui seul, un plan d’investissement pur est insuffisant pour faire face aux crises climatiques et environnementales. De nombreuses tentatives visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre par des accords non contraignants, tels que le protocole de Kyoto, ont donné de très mauvais résultats. Un ensemble législatif beaucoup plus large est nécessaire pour prendre le pas sur les pratiques destructrices de l’environnement et réaligner l’élaboration des politiques avec le consensus scientifique.

Un décideur qui ne prend pas suffisamment de mesures contre la dégradation du climat choisit implicitement entre deux options : ne pas croire en la science, ou accepter les conséquences catastrophiques de la crise climatique. Lequel l’UE choisit-elle ?

 

Source de la photo: Markus Spiske de Pexels.

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