Comment les assemblées populaires pourraient donner une chance à la paix

DiEM25 se définit comme une organisation féministe, et, comme de nombreux mouvements et organisations  politiques, nous avons encore du travail à faire en termes d’inclusion des femmes et des questions féministes dans notre organisation et notre programme. Des femmes ont plaidé pour la paix dans leurs propres communautés, mais malgré les preuves de l’impact positif de leur participation sur les questions de paix et de sécurité , elles sont souvent exclues de la participation à la prise de décision et de l’occupation des espaces politiques. 

Nous savons que les femmes et les enfants sont touchés d’une manière disproportionnée par la guerre. Ce sont eux qui portent le plus souvent le poids des conflits armés et de la violence en général dans la société. Les femmes ne sont pas seulement victimes d’actions militaires directes, comme les bombardements et les meurtres, et elles ne constituent  pas seulement des dommages collatéraux ; elles sont victimes de méthodes de guerre beaucoup plus secrètes. Les femmes et les enfants, appelés « proies faciles », sont lâchement utilisés pour dévaster les communautés et pour émasculer les hommes, leurs « protecteurs ». Ils sont utilisés à des fins militaires, comme des outils par lesquels les hommes sont agressés et punis, individuellement et collectivement.

Little Krusha est un village du Kosovo qui, en 1999, faisait partie de l’ex-Yougoslavie. Pendant la guerre du Kosovo, les femmes ont été contraintes de fuir en Albanie avec leurs enfants. À leur retour, elles ont trouvé leur village entièrement incendié. Elles ont dû commencer à reconstruire leur village et leur vie à partir de rien.


«Voyage», par Anita Faye

Pendant longtemps, les femmes, dans les conflits, n’ont été reconnues que comme victimes. La participation des femmes à l’ activité politique n’a été considérée que comme une aide ou un soutien pour les hommes, engagés, eux, dans la véritable activité politique et la dissidence. Cependant, le fait d’être reconnues comme des participantes politiques en temps de guerre ou de conflit signifie également que l’espace pour l’action politique des femmes existait en dehors du conflit.

La reconstruction et la guérison de la collectivité après des actes de violence dévastateurs, comme à Krusha, ont été menées par des femmes. La résilience et la solidarité de ces femmes les assimilent à des reconstructrices résilientes des collectivités. Ceci contrecarre le récit fait de ces femmes comme de malheureuses victimes et les montre  capables de se mobiliser et de jouer un rôle  primordial  dans les programmes de reconstruction.

Les femmes, comme d’autres personnes issues de communautés marginalisées, ou des gens appartenant à des minorités, se voient généralement conférer  la « dignité » de victimes  sans leur consentement : les médias parlent  d’eux, pas à eux. Les voix des « experts », généralement des hommes et souvent des étrangers à la communauté, sont entendues, tandis que les victimes restent invisibles, voire très visibles, mais inaudibles. Transformer le récit et permettre une représentation appropriée des femmes « pour les présenter comme des sujets ayant un pouvoir » est un élément important de l’autonomisation.

Les femmes, en particulier celles des communautés marginalisées ou qui appartiennent à des minorités, sont souvent exclues de la prise de décision, de la planification, et n’ont aucune place dans la conception d’un type de société où les conflits armés et la violence peuvent être réduits ou prévenus. Néanmoins, elles sont souvent des agents de paix qui dirigent l’organisation communautaire après des conflits désastreux. Par exemple, les femmes de Krusha ont créé une organisation qui fournit un soutien quant à la subsistance et la formation des veuves pour accomplir les tâches traditionnellement exercées par les hommes, comme le travail manuel et l’agriculture.

Que pouvons-nous faire pour promouvoir davantage la paix et mettre en avant les femmes qui sont des agents de paix dans leurs communautés ? Comment pouvons-nous élargir notre compréhension de la violence d’une manière qui tienne compte de la souffrance des femmes et des enfants ? La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre ou de conflit ; cela implique l’absence de violence et la présence d’un consentement. L’austérité, la pauvreté, les inégalités et la discrimination sont toutes des formes de violence qui affectent d’une manière disproportionnée les plus vulnérables, les femmes et les enfants en particulier.

Là où les femmes ont saisi l’occasion de diriger, elles ont accompli des exploits incroyables en leur nom et au nom de leurs communautés.

En combinant l’action des femmes à la base, et la solidarité internationale, nous pouvons donner plus de résonance à leurs voix. De cette façon, nous comptons mettre en avant des voix plus diverses, afin de pouvoir finalement les propulser dans les espaces où les décisions sont prises.

Un moyen d’accroître la participation et l’inclusion des gens – y compris des femmes – dans les processus politiques, est la promotion d’assemblées citoyennes ou populaires. Celles-ci peuvent être particulièrement utiles pour traiter de sujets complexes et conflictuels. Le meilleur exemple en  est peut-être l’ assemblée des citoyens en Irlande qui a été utilisée pour aborder plusieurs questions politiques et qui a réussi à réformer la loi sur l’avortement. Les assemblées populaires peuvent fonctionner comme des outils puissants dans les communautés, en  faisant appel aux points de vue de différentes personnes dans la société et en permettant aux citoyens ordinaires de formuler leurs propres recommandations politiques.

Mais permettre aux femmes d’occuper des espaces politiques ne suffit pas : nous devons transformer nos structures de prise de décision pour inclure et mieux refléter les valeurs, qui sont actuellement sous-représentées dans nos processus politiques, telles que l’empathie et l’inclusivité ; c’est une tâche pour les hommes comme pour les femmes. 

DiEM25 vise à générer et soutenir l’organisation de groupes politiques locaux dans les pays européens ; et en unissant ces actions et ces efforts au niveau transnational, l’Europe peut devenir plus démocratique. Cependant, coopération et solidarité transnationales doivent se construire sur la base du respect mutuel et de la réciprocité, afin d’éviter de renforcer les attitudes maternalistes ou impérialistes.

Les femmes de tous horizons ont le droit de s’exprimer, en tant que voix légitimes et faisant autorité, sur des questions importantes – et les femmes doivent non seulement être écoutées, mais l’avenir même de notre planète peut en dépendre.

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