Le(s) Monde(s) d’après l’impérialisme néo libéral

par Dia Alihanga

Article de Dia Alihanga, membre du DSC Nantes 1.

“Et on attend, et on espère; on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on  l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que jusque-là il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.” 

(Extrait du « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire)

 

Le 21 mai 2001 est la date de promulgation de la Loi tendant à la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme des crimes contre l’humanité. Une vingtaine d’années et quelques commémorations plus tard, nous voulons profiter de cette date de commémoration pour mettre en lumière les similitudes entre une entreprise capitaliste coloniale qualifiée à rebours de génocide par les institutions tant françaises qu’européennes et la peste néolibérale qui menace l’avenir de la planète d’écocide à l’heure actuelle. Le plan de sauvetage de la planète, de ses écosystèmes et de nos économies porte un nom : le GNDE, sorte de nouveau deal vert pour sauver la planète des Némésis du réchauffement climatique. Nous voudrions cependant nous livrer à un exercice critique portant sur nos propres biais cognitifs en matière d’esclavage et de colonisation qui si nous parvenons à les lever nous permettront de donner forme et vie à ce nouveau contrat social vert.

Plus que jamais, un nouveau contrat social écologique (GNDE – Green New Deal pour l’Europe) aurait la capacité de contribuer à réinventer les modes de pensée et les manières d’habiter la Terre avant d’essaimer à partir d’Europe sur le monde comme par effet de … ruissellement.

Pour surprenant qu’il puisse être, l’utilisation de ce terme emprunté à l’arsenal théorique et conceptuel néolibéral, traduit ici le risque d’une univocité de conception dans la déclinaison qu’aura ce « Green New Deal » dans les différentes régions e l’Europe. Elargir le champ de notre vision, nous représenter un monde réellement pluriel est plus que jamais nécessaire si nous voulons détruire les fondements du système que nous entendons démanteler… avant qu’il ne démantèle notre manière de vivre. Une chose est certaine, sans remise en cause radicale, il n’y aura pas de victoire durable. Cette crise est également une occasion formidable pour le mouvement DiEM25 de questionner la déclinaison locale du GNDE, la façon dont il sera approprié par les habitant.e.s des quartiers populaires, de certaines régions ultrapériphériques telles que la Martinique, la Guyane ou la Guadeloupe. L’héritage colonial partout présent dans la structure du pouvoir y invite à repenser les modes d’action pour mieux s’adapter à la spécificité de ces régions nées dans la violence de l’oppression esclavagiste, coloniale et désormais néolibérale. Plus qu’ailleurs en Europe le chômage y fait des ravages. Dans le même temps, l’agence européenne de l’asile informe que la pandémie Covid19 pourrait mener à une hausse des demandes d’asiles à moyen terme. Ces migrations risquent d’être perçues par certains comme source de danger potentielle pour la stabilité de l’Europe même si « l’idée que les murs et les barrières aux frontières assurent la sécurité n’est pas seulement un mensonge, c’est aussi une illusion dangereuse » (Yanis Varoufakis).

Les scénarios apocalyptiques qui jusqu’à présent étaient de l’ordre de la prospective deviennent plus que jamais réels à notre époque. Les crises dont le capitalisme est responsable alimentent la peur et le repli sur soi dont la xénophobie se nourrit. Tout comme le capital, la xénophobie est organisée à travers les frontières. La riposte à lui opposer ne pourra être victorieuse que si elle s’internationalise.

Evoquant Césaire par sa comparaison entre nazisme et colonialisme, Combary utilise une analogie du même ordre lorsqu’il dit en substance du néolibéralisme qu’il est un impérialisme (re) tourné contre les nations européennes. A ses yeux, l’épargnant de n’importe quelle banque populaire européenne n’est pas toujours conscient d’être tout à la fois acteur et victime du système capitaliste globalisé qu’il subit au même titre qu’il le finance. Au bout des comptes en banque offshore et des porte-feuille d’action il s’agit souvent des mêmes entreprises, des mêmes personnes et toujours de la même classe sociale. Prenant le temps de (re) penser notre modèle nous aboutirons mécaniquement à la nécessité d’un internationalisme tel que l’appellent de leurs vœux Noam Chomsky. Pour y parvenir, il nous faudrait ce que Jean Ziegler suggère, une insurrection des consciences qui seule nous conduira à la véritable « Victoire des Vaincus ». C’est ce à quoi s’attelle aujourd’hui le GNDE de DiEM25. Cette mutation sociétale profonde devrait être favorisée par une remise en question radicale de tous les schèmes de pensée et de chacun des modèles auxquels nous avons été habitués dans le monde tel qu’il existait avant.

Dans le monde d’après, la solidarité de communautés interconnectées sera de rigueur et augure déjà d’une transformation radicale des modes de gouvernance. Une solidarité pan européenne transnationale ne saurait laisser de côté aucune banlieue, aucun territoire d’outre-mer. Un organisation véritablement internationale tenant compte des fragilités de chacun.e.s pour magnifier la force de tous.

Le nouveau pacte écologique et social auquel DiEM25 entend donner une impulsion devra intégrer l’histoire de l’esclavage colonial sur la base de duquel l’industrialisation et le capitalisme européen ont acquis leur puissance au point de mettre à genoux nos États nations aujourd’hui. Faut-il le rappeler, dans la prospérité comme dans l’endettement, il n’y a pas de communauté sans solidarité. Il n’existera pas de Solidarité sans empathie, pas d’empathie sans reconnaissance réciproque.

C’est à ce niveau que se joue une part de la réussite ou de l’échec de notre entreprise. Il faudrait construire cette communauté de destin non seulement pour les classes populaires mais avec elles, non seulement pour les pays ruinés par l’austérité et le Covid19 mais avec eux, et évidemment non seulement pour les pays du Sud Global mais avec eux.

Pour douloureux qu’il soit, l’élargissement de notre conscience et de notre perspective sont nécessaires. Pour Malcom Ferdinand la (re)naissance d’un âge d’interactions fécondes avec l’ensemble des écosystèmes (faune, flore, minéraux, anthropique, etc.) et des communautés de destin se fera au prix d’une décolonisation véritable du discours de l’écologie européenne. C’est uniquement en intégrant pleinement ces exigences que le GNDE de DiEM25 pourra être une réponse pertinente à la crise sanitaire multisectorielle que nous traversons.

Un autre monde est non seulement possible ; il est nécessaire.

Il renaît déjà de notre capacité à nous montrer plus solidaires, moins solitaires et profondément optimistes concernant l’avenir. “Croire en notre propre lumière” et non en nos limitations personnelles, rendre service au monde en brillant des milles feux de la créativité, plus que jamais conscients comme dirait Marianne Williamson que “notre puissance libère automatiquement celle des autres”.

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