La scène musicale en quarantaine de Manchester est un microcosme d’inégalités

Manchester, en Angleterre, a une scène musicale dynamique, mais les musiciens et les ingénieurs qui travaillent dans ce secteur sont presque exclusivement des travailleurs indépendants.

La fermeture justifiée de divers lieux, bars, boîtes de nuit et théâtres, destinée à prévenir la transmission du COVID-19, a révélé la réalité cachée du travail précaire qui sous-tend une industrie de la musique live par ailleurs très prospère. Elle a mis en évidence les inégalités criantes auxquelles sont confrontés les travailleurs indépendants, qui voient leur emploi disparaître du jour au lendemain et se retrouvent sans revenu.
La ville était autrefois le siège de filatures de coton et le fief de la lutte pour que les gens ordinaires puissent voter lors d’élections démocratiques – ce qui a conduit au massacre dévastateur de Peterloo en 1819. Suite à la mondialisation croissante et à la désindustrialisation de Manchester qui en a résulté, la musique, la culture et le football constituent désormais ses principales exportations vers le monde. Nous avons interrogé les personnes qui travaillent et se produisent dans l’industrie musicale de la ville afin de mieux comprendre les effets de la pandémie sur leur vie.

Manchester a produit des groupes de renommée mondiale, de Joy Division à Oasis en passant par The Stone Roses.

Tous les soirs de la semaine, la scène musicale de Manchester est en fièvre, avec des concerts qui se déroulent dans des lieux de tailles diverses à travers la ville, et qui sont donnés aussi bien par des groupes locaux débutants que par des artistes internationaux en tournée.
Le 16 mars 2020, Kieran Fairweather, ingénieur du son, avait cinq concerts prévus pour la semaine, principalement dans la région de Manchester. La réalité de ce travail est qu’il fluctue ; aucune semaine n’est identique à la suivante, et la charge de travail varie. On peut travailler pendant quatorze jours d’affilée ou ne travailler qu’un ou deux jours dans toute la semaine. Il arrive que des annulations soient faites, que des personnes soient malades, que la vente des billets soit décevante ou que des groupes ne se présentent pas.
Le mardi 17, tous les concerts où Kieran devait travailler dans  la semaine avaient été annulés et, bientôt, tous les autres rassemblements de masse du monde ont suivi le mouvement. Les salles ont été fermées et les festivals ont été annulés – privant la ville du spectacle de masse, joyeux et plein d’émotion qu’elle avait l’habitude de proposer soir après soir. Sous la menace imminente du COVID-19, l’industrie de la musique live a été mise au chômage.

Depuis que le virus s’est répandu dans le monde entier, les autorités ont fermé des lieux, des bars, des boîtes de nuit et des restaurants – partout où la musique live s’épanouit.

Cette fermeture est essentielle pour protéger et sauver des vies de la menace de transmission du virus, mais, depuis l’annonce par le gouvernement britannique, le 24 mars, que le confinement initial de trois semaines lié au COVID-19 dans tout le Royaume-Uni serait prolongé jusqu’au 7 mai, date à laquelle il serait à nouveau réexaminé, l’industrie de la musique live s’est arrêtée. Par un effet d’entraînement, cela a créé une misère dévastatrice pour tous les travailleurs de cette industrie et pour l’économie en général.
James Cole, qui travaille comme ingénieur du son pour le spectacle vivant, déclare : « Nous travaillons dans le secteur du spectacle vivant. S’il n’est pas joué devant nous, il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire vraiment. Il faut que les salles soient ouvertes, que les groupes jouent et que les gens paient. Ou alors, nos compétences ne sont pas très utiles. »
Les musiciens et les ingénieurs créent le divertissement qui facilite la réalisation de profits pour les entreprises. Ils sont leur force vitale. Cependant, ce sont les entreprises qui ont été protégées par le gouvernement conservateur au Royaume-Uni – elles peuvent demander des subventions immédiates, des réductions de taux d’intérêt et des prêts pour interruption d’activité, alors que les indépendants sont laissés à eux-mêmes dans la nature, avec pour seul recours le crédit universel [sorte de RSA], actuellement à 94 £ par semaine.
Deux ingénieurs éclairagistes de Manchester décrivent leur situation précaire au Royaume-Uni. « En tant que travailleurs de la création artistique, notre travail n’est pas jugé si important », déclare Daniel Walker. « J’ai toujours eu le sentiment que ma position était très précaire. » Il poursuit : « Mon précédent emploi d’éclairagiste dans un lieu de spectacle a cessé. Ma principale source de revenus s’est simplement tarie. » Afonso Vaz a estimé qu’il perdrait environ « 20 000 £ cette année ».
Paulette Constable, plus connue sous le nom de DJ Paulette, est une DJ de renommée internationale qui a fait des résidences dans certains des clubs les plus prestigieux du monde – dont l’Hacienda, et le Ministry of Sound. DJ Paulette a récemment fait une apparition à l’initiative de Manchester, ”United We Stream”, et a diffusé un set de chez elle sur Boiler Room.
Elle a déclaré, au sujet de l’impact initial du COVID-19 sur son entreprise : « Quand cela s’est produit, ce n’était pas comme si c’était la faute de quelqu’un ou que vous travailliez pour une entreprise non rentable qui a fait faillite, toutes les entreprises se portaient bien. Dans mon cas, je suis certainement passée de trois nuits de travail par semaine, parfois quatre, parfois cinq, à une absence totale de travail, d’où absolument aucune rentrée d’argent. » En ce qui concerne ses revenus actuels, elle poursuit : « C’est passé de héros à zéro. »

Les musiciens, les ingénieurs et les employés de salle ont besoin de moyens de survie.

L’industrie de la musique est une partie vitale de l’économie britannique. Selon le rapport annuel du gouvernement britannique sur l’industrie de la musique, Music by Numbers 2019, cette industrie a contribué à l’économie britannique à hauteur de 5,2 milliards de livres sterling, dont 1,1 milliard provient uniquement de l’industrie de la musique live. En 2018, le secteur de la musique live employait 30 529 personnes. D’après les personnes interrogées dans la Greater Manchester Music Review 2019, seules 27,93 % des personnes travaillant dans l’industrie de la musique ont pu gagner leur vie à plein temps dans l’industrie de la musique cette année-là.
Nous avons également interrogé un ingénieur du son en tournée, qui a souhaité garder l’anonymat. Il a déclaré : « J’avais une tournée prévue pour durer la majeure partie du mois d’avril et presque tout le mois de mai, et elle a été annulée. Elle sera reportée, mais l’annulation a été faite avec un préavis si court que j’ai perdu de l’argent. » Les annulations de concerts et d’autres événements ont décimé les revenus des musiciens et des ingénieurs pour le futur prévisible, sans indication claire quant à la date de reprise des rassemblements de masse.
DiEMTV a offert à des personnalités publiques telles que des universitaires, des décideurs politiques, ainsi que des musiciens, une plate-forme permettant de discuter des événements actuels et de leurs implications sur nos vies nouvellement mises en quarantaine. Les musiciens s’impliquent dans la politique et utilisent leur influence en faveur du changement, car ils doivent trouver de nouveaux moyens de canaliser leur créativité et leur action.
Le programme télévisé, disponible sur YouTube, a notamment accueilli Roger Waters de Pink Floyd. Au cours de l’épisode, il a demandé : « Notre isolement nous donnera-t-il l’occasion de reconnaître notre situation difficile un peu plus clairement qu’auparavant ? »
À l’heure actuelle, les salles sont des coquilles vides qui attendent d’être ressuscitées par la force de la musique. Les musiciens, les ingénieurs et le public sont prêts à les animer à nouveau, une fois qu’il sera possible de le faire en toute sécurité. Mais pour cela, les musiciens, les ingénieurs et les employés de salles ont besoin de moyens de survie, et pas seulement des miettes laissées sur la table.
Kieran et Shona Fairweather font partie d’un groupe, Altered Archipelago : www.musicglue.com/alteredarchipelago. Leur dernier EP, Push Forward, est maintenant disponible, et 10 % de toutes les ventes iront à Partners in Health : www.PIH.org.

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