Mark Rutte à la tête des Pays-Bas pour la 4ème fois – Davantage d’austérité et de xénophobie en prévision

Rutte a des antécédents : sa politique d’austérité, qui favorise les grandes entreprises, devrait se poursuivre.

Les élections législatives nationales ont eu lieu aux Pays-Bas la semaine dernière et les sondages de sortie des urnes suggèrent que le Parti populaire pour la Liberté et la Démocratie (VVD), dirigé par le Premier Ministre sortant Mark Rutte, gouvernera avec un nouveau mandat de quatre ans. Sous sa direction, les inégalités de richesse et le profilage ethnique ont augmenté, le nombre de sans-abris a doublé, près de 10 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et le nombre de lits d’hôpitaux ne cesse de diminuer. Pendant ce temps, les Pays-Bas continuent d’offrir un “foyer” à ceux qui cherchent un paradis fiscal, se classant au 4e rang mondial. Ce statut inflige aux autres pays une perte fiscale estimée à 36 milliards de dollars par an.

Cette large victoire du parti de Rutte est quelque peu décevante si l’on considère que son cabinet a été entaché par un scandale xénophobe il y a seulement quelques mois – choisissant de démissionner plutôt que de faire face à une enquête parlementaire sur l’affaire. 

En effet, le Toeslagenaffaire a révélé que l’administration néerlandaise a utilisé le profilage racial pour accuser à tort 26 000 parents de fraude aux prestations sociales depuis 2006.

La pandémie a également joué un rôle, pacifiant quelque peu la campagne électorale. Contrairement aux années précédentes, l’élection n’a pas connu de thème politique majeur ni de bouleversements. Cela reflète la satisfaction d’une majorité d’électeurs néerlandais à l’égard de la gestion de la pandémie par Rutte, bien qu’au niveau européen, les Pays-Bas soient l’un des pays les plus lents à déployer le vaccin COVID-19. 

Comme c’est devenu une habitude en Europe maintenant, l’extrême droite a remporté des victoires importantes lors de ces élections. Le PVV (Parti pour la Liberté) de Geert Wilders, qui cherche à expulser les musulmans, à interdire le Coran, à déployer l’armée pour réprimer les manifestations et à privatiser davantage les communications de masse, reste au Parlement en tant que troisième parti par ordre d’importance. La montée de deux partis d’extrême droite eurosceptiques et populistes est plus inquiétante: le FVD, qui a obtenu 5 % des voix, et JA21, nouveau venu au Parlement. Ce dernier est dirigé par une ancienne membre du FVD, Annabel Nanninga, qui a utilisé à plusieurs reprises des insultes racistes en parlant des réfugiés traversant la Méditerranée.

Sur le thème de l’Union européenne, le VVD de Mark Rutte souhaite que l’UE fasse  contrepoids à la Chine et à la Russie, qui se comportent de manière de plus en plus affirmée. Le deuxième parti pro-européen par ordre d’importance, D66, dirigé par l’ancienne diplomate de haut rang Sigrid Kaag, est allé jusqu’à demander la création d’une armée européenne. Un autre parti europhile et paneuropéen, Volt, qui est entré au Parlement pour la première fois et a obtenu 3 sièges, soutient également la militarisation par le biais d’une augmentation des dépenses de défense, tandis que la plupart des autres partis sont intéressés par une plus grande coopération entre les forces armées européennes.

Le climat et le secteur des soins de santé vont continuer à souffrir

Comme l’a déjà révélé DiEM25 Zuid-Holland, les programmes des partis néerlandais sont loin des changements systématiques et drastiques qui sont nécessaires pour inverser le changement climatique. Le communiqué de presse de DiEM25 a montré les lacunes et le manque d’ambition de ces programmes, qui mettent de côté les droits des travailleurs et l’égalité sociale, au bénéfice des profits économiques.

En fait, Rutte a des antécédents : sa politique d’austérité, qui favorise les grandes entreprises, est appelée à se poursuivre. Jusqu’à présent, aucune réforme sérieuse du système de santé n’est envisagée, et il est clair que la capacité des hôpitaux continuera d’être réduite une fois que la pandémie aura ralenti. Dans le même temps, l’expansion de l’énergie nucléaire néerlandaise figure en bonne place dans le programme politique du parti au pouvoir.

À un niveau plus local, le Haagse Stadspartij, actif à La Haye, vise à combattre les inégalités, à accélérer la construction de logements abordables, à lutter contre le changement climatique et à supprimer la ségrégation  dans la ville. La vie quotidienne – du logement abordable aux services de santé – est ancrée au niveau municipal. Ainsi, les prochaines élections locales de mars 2022 seront cruciales pour endiguer la marée d’inégalités et de xénophobie aux Pays-Bas. 

Certains petits partis ont émergé, se levant comme des forces progressistes face aux partis réactionnaires. L’un d’entre eux, Bij1, un parti de la gauche radicale, se distingue dans le paysage politique néerlandais par sa position ouvertement antiraciste. Le nouveau parti, créé en 2016, entre pour la première fois au Parlement en obtenant un siège. En mettant l’accent sur le changement anticapitaliste radical, la décolonisation et le logement social, ce parti est une bouffée d’air frais dans la politique néerlandaise où les groupes néolibéraux de droite sont surreprésentés. Rejoignez-nous pour développer un modèle socio-politique alternatif pour les Pays-Bas !

 

Gabrielle Fradin et Amir Kiyaei sont membres de DiEM25 aux Pays-Bas.

Les points de vue et opinions exprimés ici sont ceux de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement les politiques ou positions officielles de DiEM25.

Source des photos : Photo par João Guimarães sur Unsplash.

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