Notre série "Diem25 à l'écoute" : Guillaume Sacriste

DiEM25 à l’écoute de Guillaume Sacriste

 
Le mardi 21 novembre, DiEM25 a eu le plaisir de rencontrer Guillaume Sacriste, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Paris 1, qui nous a accueillis chez lui. Nous avons ainsi eu l’occasion de poursuivre le dialogue inauguré le mardi 24 octobre, lorsque M. Sacriste et Antoine Vauchez étaient intervenus dans le cadre d’un débat organisé par DiEM25 France, afin de présenter la proposition d’un traité de démocratisation de l’Europe (T-Dem) qu’ils ont coécrite avec Stéphanie Hennette et Thomas Piketty.
 

Vous pouvez retrouver la vidéo de cette rencontre en cliquant ici.

 
Une telle proposition partage largement le diagnostic que pose DiEM25 sur l’état de santé des institutions européennes, en mettant au jour, d’une part, la nature fragmentaire de l’architecture juridique que constituent les traités européens et, d’autre part, l’opacité qui caractérise les mécanismes de prise de décisions définis par une telle architecture.
Quant aux mesures préconisées afin de remédier à un tel déficit de démocratie, les auteurs du T-Dem, tout comme DiEM25, considèrent qu’il n’est pas envisageable de sortir des traités européens, ni d’en lancer une refonte profonde dans l’immédiat. Il s’agit donc pour nous, comme pour eux, de trouver des solutions pragmatiques, de court terme, pour contraster la crise démocratique des institutions européennes. Notre but commun consiste ainsi, tels des aïkidokas, à nous appuyer sur l’agressivité de nos « adversaires » afin de pallier les dysharmonies causées par le processus d’intégration européenne.
Il existe néanmoins des différends sur le fond entre les propositions des auteurs du T-Dem et celles de DiEM25. En s’inspirant des mêmes arguments juridiques qui ont justifié l’intégration du Mécanisme européen de stabilité (MES) à l’architecture définie par les traités européens, les auteurs du T-Dem proposent d’instituer une Assemblée de la zone euro. Dans leur projet, un tel parlement permettrait de démocratiser la gouvernance économique de la zone euro, en transférant la plupart des responsabilités qui sont actuellement concentrées entre les mains des ministres des finances, et plus généralement des exécutifs, à une assemblée qui soit représentative des majorités et des minorités des différents parlements nationaux.
Une telle démarche diffère, par conséquent, de celle que défend DiEM25. Notre programme prévoit dans un premier temps, et dans le cadre des traités actuels, de stabiliser économiquement l’Europe (et non seulement la zone euro) à travers l’application de notre New Deal Européen. Sur le long terme, nous voulons lancer le projet d’une Assemblée constituante européenne qui, par le biais d’une démarche de démocratie participative, permette de réécrire globalement les institutions européennes, en y instillant des garanties de démocratie, aussi bien formelles que substantielles.
Dans notre vision, la participation élargie de la société civile à cette réécriture du cadre institutionnel permettrait ainsi de consolider la prise de conscience de soi du demos européen qui, dans cette action constituante, se ferait architecte de son propre destin.
Malgré ces différends, il existe néanmoins des points de convergence entre notre vision et celle des auteurs du T-Dem, comme le confirme également l’entretien que Guillaume Sacriste nous a accordé. Par exemple, lorsque nous l’avons interrogé sur les raisons pour lesquelles il estime nécessaire l’ouverture d’un espace démocratique à l’échelle européenne, il a clairement évoqué les risques que pose le renforcement du pouvoir exécutif entraîné par le processus d’intégration européenne, qui a, par le même biais, vidé le contenu démocratique des états nationaux, sans le transférer aux institutions continentales.
De plus, notre hôte a également dénoncé l’écueil que constitue la mauvaise alternative entre la conservation du status quo, sous le prétexte que la phase saillante de la crise serait désormais derrière nous, et l’illusion qu’une désintégration de l’Union européenne, telle qu’elle existe, pourrait amener, par la suite, à une réintégration plus harmonieuse.
Le projet de DiEM25 partage ces mêmes préoccupations, ainsi que l’exigence d’une majeure prise en compte des demandes de la société civile dans la gouvernance européenne, ce qui, à l’avis de M. Sacriste et de ses coauteurs, devrait se faire par le relais des parlementaires nationaux qui siégeront à l’Assemblée de la zone euro. Bien que notre mouvement ne soit pas persuadé par un tel argument, nous ne pouvons que recueillir l’invitation de M. Sacriste à ne pas écarter complètement toute solution qui pourrait s’avérer utile pour créer des leviers capables de modifier les rapports de force sur le long terme.
Cela dit, ce que nous recueillons sans la moindre hésitation, c’est le rapprochement opéré par notre interlocuteur, dans sa réponse à notre dernière question, entre l’horizon politique du processus d’intégration européenne et sa dimension éthique. Comme nous le rappellent ses mots, sauver l’Union européenne signifie préserver non seulement un projet d’intégration économique, mais également, et surtout, des valeurs civilisationnelles, inspirées d’une tradition humaniste. Nous ne pouvons que nous retrouver dans une telle vision des enjeux de notre engagement européiste.
C’est donc pour de telles raisons que nous espérons avoir l’occasion de poursuivre un débat fructueux et concret avec Guillaume Sacriste, ainsi qu’avec les autres coauteurs du T-Dem, dans la continuité de nos engagements et de nos valeurs.

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