L’affaire Sarah Everard révèle la misogynie profondément ancrée au sein de la société britannique et de son système judiciaire.

L’enlèvement et le meurtre de Sarah Everard, 33 ans, alors qu’elle rentrait chez elle à pied dans le sud de Londres le 3 mars dernier, a suscité une vague de sympathie de la part des femmes du pays et de celles et ceux qui les soutiennent.

Cette réponse massive à un événement qui, malheureusement, est loin d’être sans précédent, est peut-être liée au fait que l’accusé est un policier municipal. Mais il s’agit également de la réaction de personnes conscientes de l’intensification de la vague de violence domestique sous l’effet du confinement, et des expériences d’harcèlement sexuel, d’avilissement ou d’autres harcèlements qui ont affligé tant de jeunes femmes au Royaume-Uni, expériences qu’elles ont partagées en nombre inégalé. La classe politique et les médias ont très vite compris qu’ils avaient potentiellement un autre « George Floyd » sur les bras.

Photo : L’une des nombreuses veillées organisées à travers le Royaume-Uni. À Sheffield, plus de cent personnes ont déposé des fleurs et allumé des bougies.

Il est difficile de dire pourquoi la police municipale a cru bon d’expulser de force les orateurs de la tribune d’une veillée pacifique organisée en solidarité pour Sarah et sa famille, à laquelle participaient des centaines de femmes et d’hommes le 13 mars. Quatre femmes ont été arrêtées pour avoir enfreint le règlement COVID-19, mais les images qui ont fait le tour du monde de la mêlée qui s’en est suivie, avec cinq policiers costauds qui ont forcé une jeune femme masquée à se coucher au sol, ont montré de manière concluante que ce n’était pas après la « distanciation sociale » qu’ils en avaient. Il s’agit plus d’une législation gouvernementale historique, actuellement en cours d’examen à Westminster, qui renforce les pouvoirs discrétionnaires de la police en matière de « protestation », pouvoirs désormais étendus à toute action jugée par la police comme étant publiquement perturbatrice. Cette mesure a été décrite, à juste titre, comme faisant partie de la « guerre truquée du gouvernement britannique contre les “woke” [les éveillés] ».

Rien cependant, pas même les révélations de Meghan, n’a détourné l’attention de la vague de nouvelles questions posées par les commentaires des médias sociaux sur la mort tragique de Sarah Everard. Qu’est-ce que la misogynie ? Quel est le lien entre ces actes extrêmes et l’ensemble des abus et humiliations commis par les hommes envers les femmes, à la maison et en public ? Pourquoi ne sommes-nous pas surpris que le tueur accusé de sa mort soit un policier ? Existe-t-il un lien entre la « pandémie » de violence domestique que les gens dénonçaient avant même la COVID-19 et la prédominance pure et simple sur nos écrans de télévision de divertissements fictionnels qui s’attardent avec amour sur le meurtre de femmes ? Ou le nouvel accès à la pornographie en ligne ? Ou le retour de bâton contre le féminisme ?

Les femmes veulent des réponses, et elles veulent cette fois que des mesures soient prises pour faire la différence.

Elles parlent de s’attaquer au taux honteusement bas de poursuites judiciaires abouties contre les violeurs présumés. De la nécessité de revoir l’ensemble du système judiciaire. Elles parlent de repenser la façon dont la masculinité est inculquée dès les premiers mois et les premières années, et d’améliorer les « études sur les relations » dans les écoles. On a le sentiment, un peu comme à l’époque de George Floyd, que le fait d’approfondir toutes ces questions nous rapprochera inconfortablement de certains des mécanismes de base de la voyoucratie que sont devenues la société et la culture britanniques. Mais cette fois, nous ne pouvons pas nous permettre de détourner le regard.

Au même moment, Boris Johnson, non content d’un projet de loi sur la police, qui rend la dégradation de statues et de monuments passible de 10 ans de prison (une peine plus sévère que celle infligée aux violeurs, comme l’ont souligné certains députés travaillistes), a choisi de dévoiler la plus grande augmentation de la défense depuis les premiers jours du mandat de Margaret Thatcher, soit 21,5 milliards de livres. Il a choisi de consacrer 21,5 milliards de livres sterling à des attaques en essaim de drones capables de paralyser l’ennemi et d’augmenter son arsenal nucléaire pour la première fois depuis la guerre froide. Compte tenu des défis posés par les pandémies et la crise climatique auxquels l’ensemble de la communauté internationale est confrontée, le fait d’accroître les tensions mondiales et de dilapider nos ressources indispensables pour y parvenir est un pied de nez volontairement adressé à tous ceux qui espéraient vraiment qu’il ait l’intention de s’attaquer aux inégalités et de « reconstruire en mieux ».

Mais cet aperçu de sa « Grande-Bretagne globale » ne fait que rendre plus urgentes les conversations que nous devons tous avoir sur la masculinité et la quête de contrôle qui découle du pouvoir exercé sur la nature, les autres hommes et femmes. Le mouvement féministe doit réfléchir à la force, à la violence et à la guerre, ainsi qu’à la véritable puissance qui réside dans la vulnérabilité mutuelle une fois qu’elle est reconnue – vulnérabilité entre les êtres humains, y compris les hommes et les femmes, et vulnérabilité mutuelle de l’ « homme » et de la nature.

 

Les vues et opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les politiques ou positions officielles de DiEM25.

Source de la photo 1 : Gerry Popplestone, Flickr

Source de la photo 2 : Tim Dennell, Flickr.

Texte traduit en français par Elise Kerremans.

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