L’Espagne adopte le « revenu minimum vital » sans aucune opposition

La crise financière entraînée par la pandémie de COVID-19 a incité le congrès espagnol à approuver le revenu minimum vital le 10 juin.

C’est une étape importante pour un pays dont la redistribution est historiquement insuffisante, et elle a été adoptée sans aucune opposition.

Le taux de pauvreté extrême en Espagne est deux fois plus élevé que la moyenne européenne, soit 12,4 % de la population totale. Par exemple, 120 000 ménages avec enfants n’ont absolument aucun revenu. En l’absence de mesures financières prises par l’État pour pallier ce problème, la pauvreté des enfants risque fort de se traduire par la pauvreté des adultes plus tard.

L’actuel gouvernement de coalition de gauche a accéléré la conception et la mise en œuvre du revenu minimum vital et a mobilisé environ 3 000 millions d’euros. Il sera versé ce mois-ci par la Sécurité sociale aux ménages qui n’ont pas les moyens financiers d’assurer leur simple survie et qui peuvent prouver qu’ils sont résidents en Espagne depuis plus d’un an. 850 000 familles menacées d’exclusion sociale, représentant plus de 2,3 millions de personnes, en bénéficieront. Selon les termes du Ministère de l’inclusion, de la sécurité sociale et des migrations, le revenu minimum vital est une assurance collective destinée à sauver les personnes souffrant de graves difficultés financières et à les amener vers l’inclusion sociale. Le salaire lui-même varie entre 462 et 1 015 euros, selon les caractéristiques de chaque ménage. 16 % des bénéficiaires seront des familles monoparentales, généralement dirigées par des mères célibataires.

Cette mesure, proposée et menée par le gouvernement de coalition de gauche PSOE et Unidas Podemos, a recueilli un consensus dans l’ensemble du spectre politique.

Le parti de centre-droit Ciudadanos a qualifié cette mesure « d’absolument nécessaire » pour « ne laisser personne derrière », tandis que l’ancien parti de droite au pouvoir, le PP, y était également nettement favorable. Bien que le parti d’extrême droite Vox l’ait qualifiée « d’antipatriotique » en raison de son prétendu effet d’appel sur les immigrants, il a finalement décidé de ne pas voter contre le revenu minimum vital, ou plutôt de ne pas voter du tout. En effet, de nombreux bénéficiaires seront nés en Espagne. Le représentant d’Unidas Podemos a qualifié ce revenu minimum vital de meilleur vaccin contre les discours de haine.

Le parti de gauche catalan ERC a regretté que les personnes sans papiers en risque d’exclusion ou en situation d’extrême pauvreté ne puissent pas recevoir ce revenu minimum vital, ainsi que ce qu’il considère comme une période trop longue passée dans la pauvreté pour être éligible en tant que bénéficiaire (1 an).

Les détails de la manière dont les victimes de la traite des êtres humains pourraient être éligibles pour bénéficier du revenu restent à voir, après que cette possibilité ait été publiquement déclarée par la ministre de l’égalité et plus tard par le ministre de l’inclusion, de la sécurité sociale et des migrations. Cela aurait toutefois le mérite de cibler des personnes extrêmement vulnérables, principalement des femmes, et de permettre parallèlement de recueillir des données plus solides sur l’ampleur et l’impact de ce crime odieux.

Un pacte de coalition signé fin 2019 a déclaré que le revenu minimum vital permettrait de lutter contre l’extrême pauvreté et s’étendrait progressivement à d’autres familles à faibles revenus. Ce ne sera probablement pas la dernière mesure prise pour réduire les inégalités en Espagne.

Le revenu universel sera-t-il (enfin) généralisé ?

La pauvreté et l’exclusion sociale graves ont des effets profonds et difficilement réversibles sur ceux qui en souffrent. La pauvreté n’est pas un choix, elle est causée par le modèle de nos sociétés et doit être traitée. Même l’économie américaine ultra-libérale est entrée dans l’histoire cette année avec le plus grand plan d’aide jamais approuvé, comprenant des transferts financiers aux citoyens en risque d’exclusion. Avec des sociétés de plus en plus inégalitaires, des systèmes fiscaux insuffisamment redistributifs et une nouvelle crise à plusieurs niveaux révélée par la pandémie de COVID-19, les revenus minimums universels constituent une part importante du débat politique actuel.

DiEM25 a toujours plaidé pour des mesures de type dividende universel, comme un pas de plus vers la redistribution. La différence avec tout autre revenu de base ou salaire à ce jour est que le dividende universel devrait être financé par les grandes entreprises plutôt que par les contribuables individuels.

Comme les systèmes fiscaux n’ont pas réussi à imposer suffisamment les revenus les plus élevés et sont moins progressifs qu’ils ne l’auraient dû, une charge fiscale proportionnellement plus importante est actuellement imposée aux contribuables à faibles et moyens revenus. Cela a un impact négatif sur la capacité globale de redistribution : la plupart des pays du monde voient leurs riches s’enrichir et les pauvres s’appauvrir, créant un fossé plus large que jamais. Une situation qui est, à long terme, néfaste pour tous les niveaux socio-économiques.

Le dividende universel de DiEM25 est appelé « dividende » précisément parce qu’il serait versé sous forme d’actions provenant des bénéfices annuels des sociétés cotées, après les transactions boursières ou les introductions en bourse, et mis en commun dans un fonds collectif européen. Le dividende universel taxerait les plus riches et agirait comme un filet de sécurité contre l’exclusion sociale au niveau européen.

Au moins, la crise sanitaire et humanitaire de la COVID-19 a prouvé la nécessité d’un État centré sur le bien-être des individus plutôt que sur la croissance financière.

Une vie durable et humaine exige des mesures visant à réduire les inégalités systémiques. L’économie néo-libérale a montré ses limites face à cette pandémie : aucun marché n’a pu (ou n’aurait pu) prospérer en l’absence de dépenses publiques adaptées aux besoins humains et les respectant. Notre interdépendance signifie que nous devons penser globalement.

La lutte contre la pauvreté par des moyens véritablement redistributifs tels que le dividende universel et l’ajustement de notre mode de vie pour une production et une consommation durables devraient être une priorité à la suite de la COVID-19.

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