Anniversaire du référendum grec : la bataille continue

Sept ans se sont écoulés depuis le référendum grec du 5 juillet 2015. Certains ne se souviendront pas de ces chaudes semaines d’été où le monde a vu se jouer un drame européen, ou plutôt une tragédie grecque. Et pourtant, l’ Union européenne d’aujourd’hui est née à l’été 2015 ; façonnée par les décisions prises à l’époque. Pour comprendre ce à quoi nous sommes confrontés en 2022, nous devons comprendre ce qui s’est passé en Grèce en 2015.

Une Union conservatrice

On a longtemps débattu de la possibilité d’être économiquement progressiste dans le cadre des contraintes juridiques de l’UE. Les réglementations qui la régissent, telles que ses lois sur le marché unique et sa politique agricole commune, profitent toutes aux grandes entreprises et aux économies des puissances financières et industrielles, telles que les Pays- Bas et l’Allemagne .

Ce problème est exacerbé par l’euro qui fait progresser le géant industriel allemand, liant le reste des nations européennes à son destin. Ce ne serait bien sûr pas si mal si l’Europe était gouvernée par une union politique qui garantisse que les gains soient ensuite répartis équitablement entre tous les Européens. Hélas, la réalité ne pourrait pas être plus éloignée.

Malgré tous ses partis pris conservateurs, il y a eu une série de tentatives ambitieuses pour approfondir et élargir l’intégration du projet européen. Cependant, depuis le début de la crise économique en 2008, elles ont toutes été remplacées par des mesures désespérées, d’un caractère de plus en plus autoritaire, visant à tout prix à maintenir inchangée l’architecture de l’UE.

C’est dans ce contexte que l’équipe de négociation grecque, sous la direction de Yanis Varoufakis , a dû renégocier le traitement de la dette grecque par l’Europe en 2015. Il s’agissait de s’opposer aux privatisations enrichissant les oligarques et à l’austérité écrasant l’économie, et d’adopter des politiques qui permettraient à l’économie grecque de se relever et d’avoir honnêtement une chance de rembourser un jour ses dettes.

Un champion infidèle

Alexis Tsipras a été élu Premier ministre de la Grèce avec le mandat clair de mettre fin à l’austérité. Un programme auquel s’opposaient les créanciers du pays et leurs alliés locaux.

Malheureusement, en quelques mois, il a commencé à avoir avec ses homologues européens des discussions parallèles qui ont sapé les efforts de Varoufakis à Bruxelles, signalant petit à petit qu’il était prêt à capituler devant l’UE et à poursuivre les programmes d’austérité.

Une fois que les créanciers de la Grèce ont envoyé au gouvernement un accord sur l’austérité à prendre ou à laisser, Tsipras a organisé un référendum sur l’opportunité d’accepter l’accord contenant la politique contre laquelle il avait été élu. Comme l’histoire nous le montre, il espérait  le perdre.

Une révolution trahie

A l’approche du référendum, l’Europe était en effervescence. La propagande présentait le référendum sur l’opportunité d’accepter une nouvelle austérité comme une décision sur le maintien ou non de la Grèce dans l’euro.

D’autres sont allés plus loin : il s’agissait de savoir si le pays resterait dans l’UE. Les Grecs ont été bombardés d’histoires alarmistes quant à des pénuries potentielles de nourriture et de médicaments, sans parler de la ruine financière.

Puis, quelque chose d’inouï s’est produit : alors que les débats faisaient rage pour ou contre l’accord d’austérité, la Banque centrale européenne a coupé l’accès aux liquidités pour les banques grecques, laissant les Grecs sans accès au  cash. L’atmosphère dans le pays pouvait laisser penser qu’on était en guerre.

À ce jour, la consultation sur la légalité de cette action n’a jamais été publiée par la BCE, malgré les efforts pour forcer la banque centrale à divulguer le document qu’elle a obtenu avec l’argent public.

Les Grecs étaient clairement victimes de chantage. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues dans toute l’Europe pour les soutenir, ce qui s’est transformé en un mouvement qui a reconnu que l’avenir de l’UE elle-même était en jeu : serait-ce une institution autoritaire qui intimide les citoyens pour qu’ils se soumettent, ou une véritable union de peuples liés  par des politiques de prospérité partagée et de solidarité ?

C’est pendant ces chauds mois d’été que l’esprit de DiEM25 est né, lorsque certains d’entre nous ont compris que l’UE devait soit se démocratiser, soit se désintégrer.

Le fait que les Grecs aient voté contre l’austérité, malgré les pressions exercées sur eux par les élites étrangères et locales, témoigne de la profondeur et de la force du mouvement qui a mené leur lutte.

La trahison complète par Tsipras de cette attitude puissante de son peuple et de ses alliés du monde entier n’a pas seulement handicapé la crédibilité de la gauche grecque ; elle a sapé la foi des gens dans le changement, laissant l’une des sociétés les plus politisées et radicalisées d’Europe engourdie et désabusée. À ce jour, l’abstention n’a pas chuté aux niveaux d’avant le référendum et le débat politique dominant est contrôlé par des partis qui ont accepté l’assujettissement de la Grèce, alors que des partis qui cherchent toujours une solution à la colonisation du pays, comme MeRA25, sont confinés aux marges de  la politique.

Un combat qui continue

La tâche de MeRA25 en Grèce est de redynamiser les personnes qui ont voté  « NON » en 2015. Ceux qui, en dépit de difficultés presque insurmontables, veulent  résolument une meilleure Grèce, dans une meilleure UE.

C’est difficile à vendre : les gens se sentent trahis et désespérés. C’est une lutte qui ne peut être gagnée que par la patience et la preuve continue que notre parti est fidèle au peuple et à la démocratie, tout en ayant des solutions crédibles aux nombreux problèmes existentiels auxquels est confronté un pays en crise depuis plus d’une décennie. Alors que le coût de la vie monte en flèche et que l’économie européenne est déstabilisée par la hausse des prix de l’énergie et l’inflation, nous entrerons une fois de plus dans une période où la solution radicale, mais de bon sens, de MeRA25 et DiEM25 sera de plus en plus attrayante .

Partout en Europe, DiEM25 recrute ceux qui reconnaissent que les actions de l’UE en 2015 ont prouvé qu’elle est prête à tout pour maintenir le statu quo et protéger les intérêts qu’elle sert. Il faut l’affronter,    l’assiéger et la forcer à changer, et la mission de DiEM25 est de créer le mouvement paneuropéen qui mènera cette bataille. Une bataille contre les oligarques et les politiciens qui les servent. La Grèce en 2015 nous a montré à la fois la force que peut avoir un peuple déterminé et les dangers de confier nos luttes à ceux qui ne le méritent pas. MeRA25 en Grèce et DiEM25 dans toute l’Europe doivent en tirer les leçons et construire un outil de représentation politique digne de confiance, grâce à des liens solides avec la société et des mécanismes qui garantissent que le parti et ses représentants restent fidèles aux politiques que nous défendons.

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