Le capitalisme est devenu un techno-féodalisme

Pourquoi des milliardaires gagnent-ils des milliers de milliards de dollars au cours d’une pandémie ?

Une récente étude d’Oxfam a révélé que depuis le début de la pandémie de coronavirus, les dix milliardaires les plus riches du monde ont vu leur fortune augmenter de 500 milliards de dollars – assez pour payer un vaccin à chaque personne sur la planète. Dans cette émission spéciale d’UpFront [en anglais], Marc Lamont Hill discute avec Yanis Varoufakis de ce qui est à l’origine des inégalités de richesse stupéfiantes et de la manière dont les gouvernements proposent le socialisme pour les riches et l’austérité pour les autres.

Temps forts

Il semble y avoir un énorme fossé entre ce que disent les marchés et ce que dit la réalité – pourquoi ? 

« Le capitalisme s’est transformé en ce que j’appelle le “technoféodalisme” – vous n’avez pas une économie capitaliste compétitive, avec une concurrence acharnée, vous avez quelques très rares entreprises de plate-forme qui possèdent effectivement le marché. Elles ne le monopolisent pas, elles le possèdent tout simplement. Comme Amazon par exemple, une fois que vous êtes sur Amazon ou Facebook, vous n’êtes plus dans le capitalisme, vous êtes dans une sorte de régime soviétique qui appartient à un seul homme, en fait. Le reste de l’économie de marché se réduit, il est en stagnation. L’argent est injecté par les banques centrales qui luttent pour maintenir l’ensemble sur les rails. L’argent finit dans les grandes entreprises qui ont déjà des économies qu’elles n’investissent pas (…) alors elles vont à la bourse et rachètent leurs propres actions ».

Si ce sont les entreprises technologiques qui ont tout le pouvoir, et qu’elles ne sont responsables devant aucun électorat, quelle est la solution ? 

« On s’organise. C’est la façon dont nous nous sommes sortis des régimes autoritaires au cours des siècles précédents. C’est la façon dont nous avons imposé la démocratie aux classes dirigeantes. Souvenez-vous : les classes dominantes n’ont jamais voulu de la démocratie. Même les libéraux du 19ème siècle. (…) Nous sommes condamnés à mener la même lutte encore et encore pour la démocratie.»

« L’aspect intéressant de l’épisode de Gamestop est qu’en effet, comme vous l’avez mentionné, 4,4 millions de personnes se sont réunies – pour gagner de l’argent, ce n’était pas purement idéologique bien sûr – mais une proportion importante de ces millions de personnes ne se souciaient pas tant de gagner de l’argent, cela ne les dérangeait même pas de perdre l’argent qu’elles y mettaient, elles voulaient flanquer une raclée aux fonds spéculatifs. Il y a donc là un élément d’idéologie, il y a un élément d’action collective.»

Qu’est-ce qui ferait de [l’action Reddit] un mouvement à part entière, et est-il reproductible ? 

« Il manque deux choses. La première est un manifeste, une vision – que voulons-nous mettre en place pour ces systèmes financiers qui sont brisés ; ils ne travaillent pas pour l’humanité, ils travaillent pour les financiers. A quoi ressembleraient les marchés si on enlevait ce virus de la financiarisation. La deuxième chose dont nous avons besoin est une alliance entre différents types de personnes et différents mouvements. C’est lorsque la foule de Reddit s’unira avec les syndicats, avec les militants du changement climatique, afin de rechercher une vision pour le monde – c’est alors que nous aurons une révolution. »

Les dépenses de relance aux États-Unis étaient en fait beaucoup plus importantes qu’en Europe. Pourquoi l’UE dépense-t-elle beaucoup moins en comparaison ? 

« Je pense que l’Union européenne a toujours été plus conservatrice que les États-Unis en matière de dépenses publiques. N’oubliez pas que les Américains n’ont pas la phobie du déficit. »

« Chaque fois que le capitalisme traverse une crise, l’Amérique réagit toujours de manière plus keynésienne si vous voulez – même Ronald Reagan était un président keynésien comparé à tout ce que nous avons vu en France ou en Allemagne. Le résultat est que chaque crise mondiale laisse l’Europe plus faible et plus blessée par rapport aux États-Unis que la crise précédente. »

Selon l’ONU, la pandémie aura un impact disproportionné sur les femmes. Comment les solutions que vous préconisez pourraient-elles remédier aux diverses formes d’inégalité entre les sexes que nous observons dans le monde ?

« Quand vous avez une récession profonde, les premières personnes qui sont touchées sont les femmes, les minorités ethniques, généralement les plus faibles ; les jeunes, les moins de 20 ans, les très vieux (…) Tout retard à répondre par des moyens keynésiens à une crise de ce technoféodalisme financiarisé que nous avons exacerbe la douleur que subissent les victimes du patriarcat. »

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