Débrayages à Facebook : lettre ouverte aux travailleurs des technologies de l’information

N’abandonnez pas. Tendez la main aux autres travailleurs. Adhérez à un syndicat. Organisez-vous.

 

Chers tous,

Nous avons appris par les médias la position adoptée par certains d’entre vous, à travers vos débrayages virtuels, concernant la gestion par Facebook de la déclaration violente de Trump contre les manifestants du mouvement Black Lives Matter (BLM).

L’opinion publique a reconnu qu’il s’agit d’une prise de position sans précédent de la part des employés de Facebook et un signe important de solidarité avec ceux qui souffrent d’oppression raciste.

Nous comprenons que certains d’entre vous ne savent pas que faire d’autre dans ce moment immensément complexe et que des voix s’élèvent pour réclamer la démission de l’entreprise pour ne pas avoir adopté une position éthique.

En tant que membres d’un Collectif spontané de DiEM25 dans un pays comme l’Irlande, où le secteur des technologies de l’information joue un rôle fondamental dans l’économie locale, nous aimerions partager quelques réflexions avec les travailleurs du secteur.

La Silicon Valley a été fondée sur l’illusion de la soi-disant idéologie californienne.

Cette industrie technologique a introduit un nouveau type de capitalisme. Un capitalisme au visage vert, humain, diversifié et inclusif.

Il s’agit d’un secteur dans lequel la négociation collective a apparemment été considérée comme inutile. Où les travailleurs sont apparemment si bien payés et traités que les syndicats sont superflus et que chacun peut se débrouiller seul.

Ces dernières années, il est progressivement devenu évident qu’il s’agissait d’un conte de fées. Qu’en réalité, ce n’était pas un autre type de capitalisme.

Vous avez lentement commencé à vous rendre compte que malgré les bons salaires, la nourriture gratuite, les avantages et les bénéfices (toujours réservés à une supposée élite), et malgré tout le jargon de l’entreprise adapté pour cacher cette vérité, vous êtes toujours des travailleurs. Et même les travailleurs privilégiés sont en position de faiblesse lorsqu’ils sont seuls.

Ainsi, au cours des dernières années, vous avez pu constater que certains dans l’entreprise ont été harcelés sexuellement et ont été réduits au silence. Et que ceux qui ont élevé la voix ont été licenciés. Que la négociation individuelle a conduit à l’inégalité salariale, en particulier pour les plus vulnérables. Que ceux qui ont essayé de vous convaincre que vous faites partie d’une grande famille chaleureuse n’ont pas de problèmes lorsqu’il s’agit de vous faire licencier lorsque les marchés vont mal. Que les entreprises n’ont aucun problème à doubler votre charge de travail ni à promouvoir une concurrence sévère entre les travailleurs, tout en rappelant que vous devriez garder du temps libre pour vous et respecter l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les mêmes entreprises qui économisent d’énormes sommes en fermant des bureaux pendant la pandémie continuent de dire que vos salaires devraient être réduits parce que vous n’avez plus de trajets à faire.

Vous avez également compris que vous faites partie d’un secteur qui se présentait comme un monde de libres penseurs créatifs qui travaillaient pour l’intérêt général et finissaient par être impliqués dans des plans de surveillance, dans la censure de moteurs de données, dans des scandales liés à la protection de la vie privée et dans des attaques contre les syndicats. 

Ce problème va bien au-delà de la manière de traiter les messages violents de Trump.

Le problème ici est structurel et concerne une industrie qui, discrètement, a soutenu Trump parce que les progressistes au sein des gouvernements sont considérés comme une menace existentielle pour leurs intérêts.

Et avec raison. Les progressistes sont manifestement une menace pour la pratique courante des géants du numérique qui consiste à utiliser des échappatoires pour éviter de payer des milliards en impôts. Ils constituent évidemment une menace pour ceux qui veulent avoir les mains libres pour gérer des monopoles et des oligopoles.

Mais les géants du numérique doivent décider de quel côté ils se trouvent. Ils ne peuvent pas plaider en faveur de sociétés plus ouvertes et plus inclusives, puis soutenir ceux qui les rendent plus injustes et divisées afin de défendre les intérêts de leurs actionnaires.

Vous voyez maintenant l’hypocrisie au cœur de l’idéologie de la Silicon Valley et vous ne voulez plus faire partie de ce jeu.

Mais la solution n’est pas seulement de faire pression pour plus de philanthropie, ou de démissionner individuellement.

Vous êtes en mesure d’avoir une perspective sur l’ensemble de la situation.

Vous avez le privilège de ne pas être traqué par votre loyer. Et vous avez le pouvoir qui provient de vos connaissances et de vos compétences.

Utilisez-le.

Ce que vous n’avez pas souvent, c’est la solidarité. Parce qu’ elle est ouvertement et intentionnellement réduite depuis le début. Et parce qu’on vous a fait croire que vous viviez sur une planète différente de celles des personnes dans le besoin.

Gagnez ce match.

Cherchez ceux qui, comme vous, ont déjà commencé à s’organiser sur votre lieu de travail :

Tech Workers Coalition 

Game Workers Unite 

Google worker organization

Ceux qui ne sont pas satisfaits du statu quo et qui ont déjà commencé à s’organiser. Au cours des derniers mois, des travailleurs de grandes entreprises telles qu’Amazon se sont unis et ont remis en question le statu quo, par le biais de mouvements populaires novateurs.

Commencez à vous interroger sur l’impact des entreprises qui achètent votre travail. Réfléchissez à l’influence que cela peut avoir sur vous et votre famille. Mais aussi sur votre quartier, sur l’environnement, plus largement sur l’inégalité sociale, sur le marché immobilier de votre ville. Quel est l’impact de votre travail sur nos droits à la vie privée et sur nos démocraties ?

Nous vous invitons à construire une solidarité à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. C’est seulement en étant unis que nous pouvons devenir plus forts. En faisant partie d’un syndicat, vous pouvez lutter contre le harcèlement sexuel ou adresser toute autre question relative au lieu de travail qui vous importe. Plus important encore, vous pouvez protéger les lanceurs d’alerte et lutter contre les représailles venant d’en haut.

Adhérez à un syndicat et à tout mouvement populaire auquel vous vous identifiez. Travaillez avec nous pour construire un avenir plus équitable et plus durable.

Longue vie, bon combat et prospérité pour tous.

 

#BlackLivesMatters

#GoPolitical

#StickToTechIsNotEnough

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