Brian Eno

Message de Brian Eno à l’occasion du lancement de DiEM25 – UK

Ce samedi (28/01, 10 am) au Conway Hall de Londres, Brian Eno, Yanis Varoufakis et d’autres lanceront DiEM25 UK.

Joignez-vous à nous pour débattre des moyens de reprendre le contrôle de nos pays sur base d’un agenda progressif. Voici un aperçu des sujets que Brian Eno abordera :

Par Brian Eno

“Le constat qui semble s’imposer à la plupart de mes amis semble être que 2016 a été une année terrible, et le début d’un long déclin vers quelque chose que nous n’osons pas imaginer.

2016 a été une année assez rude, en effet. Mais je me demande si ce n’est pas la fin-plutôt que le début-d’un long déclin. Ou au moins le début de la fin…car je pense, pour ma part, qu’un déclin s’opère depuis une 40aine d’années, suivant un lent processus de dé-civilisation. Mais nous ne l’avons pas réellement ressenti jusqu’à maintenant. Ca me rappelle cette histoire de grenouille posée dans un poêlon dont on réchauffe l’eau tout doucement…

Ce déclin comprend la transition d’un emploi sûr vers un emploi précaire, la destruction des unions pour laminer les droits des travailleurs, les contrats “zéro heures”, le démantèlement des pouvoirs locaux, un système de santé qui tombe en ruines, un système d‘éducation sous financé basé sur des évaluations et un système de classement dénué de sens, la croissance d’une stigmatisation acceptable des migrants, des nationalismes “réflexes” et une concentration des préjudices activés par les médias sociaux et internet.

Ce processus de dé-civilisation s’est développé dans une idéologie qui se moque de la générosité sociale et revendique un égoïsme de droit.(Tatcher:”La pauvreté est un échec personnel”. Ayn:”L’altruisme c’est le diable”.) L’accentuation d’un individualisme sans bornes a eu deux effets : la création d’un amas de richesses énorme et sa concentration dans un nombre réduit de mains. Actuellement, les 62 personnes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié du reste de la population mondiale. Le fantasme “Tatcher-Reagan” que toutes ces richesses allaient “fructifier” et enrichir tout le monde n’a tout simplement pas eu lieu. En fait, c’est le contraire qui s’est produit : le salaire réel de la majorité des gens a baissé depuis au moins 20 ans en même temps que leur espoir et l’espoir de leurs enfants. Pas étonnant que les gens soient en colère et se détournent des solutions “habituelles” des gouvernements. Quand les gouvernements prêtent plus d’attention à ceux qui détiennent le plus d’argent, l’énorme disparité de richesses que nous connaissons actuellement est un camouflet à l’idée de démocratie. Comme l’a dit Georges Monbiot :”Le stylo est peut-être plus fort que l’épée, mais le porte-feuilles est plus fort que le stylo”.

L’année écoulée a vu des gens réagir face à tout ça. Beaucoup d’entre eux ont ramassé le premier “objet Trump” pour le lancer à la tête de l’establishment. Mais ceux-là étaient les plus visibles, portés par les médias. En même temps une partie plus discrète, mais au mouvement aussi puissant s’est mise en marche. Ces personnes repensent au sens de la démocratie, à la définition de la société et à ce que nous devons faire pour les faire fonctionner à nouveau. Ces personnes pensent fort, mais surtout se font entendre, ensemble. Je pense que nous avons subi une désillusion massive en 2016, et finalement compris qu’il était temps de bondir hors du poêlon.

C’est le départ de quelque chose de grand. Cela va demander de l’engagement -pas juste des tweets et des likes- mais de l’action politique et sociale réfléchie et créative aussi. Il va falloir comprendre aussi que certaines choses prises pour acquises -la véracité des informations reportées, par exemple- ne pourront plus être acceptées de fait. Si nous voulons une information de qualité et de bonnes analyses, nous allons devoir payer pour les avoir. Cela signifie de l’ARGENT : un financement direct des publications et des sites web qui s’évertuent à dévoiler des informations “non-corporate”, “non-establishment” pour mettre au jour une autre face de l’histoire. De la même manière, si nous voulons des enfants épanouis et créatifs nous devons prendre en charge leur éducation, ne pas la laisser aux mains d’idéologues bas de gamme. Si nous voulons de la générosité sociale, alors nous devons payer nos impôts et nous débarrasser des paradis fiscaux. Et si nous voulons des politiciens sensés, nous devons arrêter de supporter les plus bêtement charismatiques.

L’inégalité se nourrit au cœur d’une société, engendrant le dédain, le ressentiment, l’envie, le soupçon, l’intimidation, l’arrogance et l’insensibilité. Si nous voulons un avenir décent nous devons nous écarter de ça, et penser que nous prenons un départ.

Il y a tant à faire, tant de possibilités. 2017 pourrait être une année surprenante”.

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