Célébrons les femmes et combattons les inégalités structurelles

Élevons toutes nos sœurs, pas seulement les cis-ters !

Au début des années 1900 aux États-Unis, diverses célébrations autour des femmes ont vu le jour. Depuis lors, chaque année, le mois de mars y est commémoré comme le mois de l’histoire des femmes, suivi par d’autres pays du monde entier, avec une attention particulière pour le 8 mars, Journée Internationale de la Femme (JIF).

Les femmes sont en première ligne du travail social 

Le thème de la JIF 2021 est « Les femmes et le leadership : Atteindre un avenir égalitaire dans un monde de COVID-19 ». Il met l’accent sur le rôle des femmes en tant que travailleuses de la santé, soignantes, dispensatrices de soins et organisatrices communautaires. Il souligne l’importance d’une participation pleine et effective des femmes dans les espaces de prise de décision pour atteindre l’égalité des sexes, et l’impact de la pandémie sur les filles et les femmes dans le monde entier.

Il a été démontré que la participation accrue des femmes à la prise de décision politique a eu un impact direct sur la formation et la mise en œuvre de normes en matière de santé et de genre. Cela a eu un effet considérable sur la santé publique et les résultats sanitaires. Il a également été démontré que la représentation politique des femmes engendre de nombreux avantages pour les communautés et en particulier pour la santé des femmes et des filles.

« Le travail social, qui est principalement fourni par les femmes et les filles, est un élément central mais généralement sous-évalué des économies », déclare Oxfam. Ce type de travail consiste principalement à s’occuper des besoins quotidiens et de la santé des individus à la maison. En ce sens, les femmes sont l’épine dorsale de nos économies, mais plus encore pendant la pandémie, elles sont essentielles au rétablissement et à la résilience des communautés. Comme l’indique une étude récente publiée dans The Lancet et parrainée par la Fondation Gates : « Si le temps non rémunéré que les femmes consacrent aux soins était monétisé, il équivaudrait presque à la valeur de la contribution des femmes du personnel de santé rémunéré, chacune d’entre elles représentant globalement plus de 1 à 5 trillions de dollars par an ».

L’égalité des sexes est un droit humain fondamental

Cela devient d’autant plus évident quand on voit que les femmes représentent 70 % des travailleurs de la santé et qu’elles constituent une part plus importante de l’ensemble du travail rémunéré et non rémunéré lié aux soins. Les femmes et les jeunes filles effectuent plus des trois quarts du travail de soins non rémunéré dans le monde et deux tiers de la main-d’œuvre de soins rémunérée, et pourtant elles sont rendues invisibles dans l’économie. L’invisibilité des femmes et la féminisation du travail de soins sont profondément ancrées dans les normes de genre qui imprègnent les sociétés structurées économiquement autour de l’accumulation de capital et du colonialisme. C’est une réalité que la pandémie a aggravée, plaçant encore plus les femmes dans des situations d’oppression et de vulnérabilité.

De nombreux mouvements à travers le monde sont liés à la lutte contre toutes les formes d’oppression et de violence à l’égard des femmes avec une optique intersectionnelle dans le but de donner une visibilité à ces formes systémiques d’inégalités entre les sexes. Cela est d’autant plus important aujourd’hui que les questions relatives aux droits sexuels, à l’augmentation de la violence domestique, à l’écart de rémunération entre les sexes et aux multiples nœuds de discrimination à l’égard des femmes s’entrecroisent selon des critères de race, de classe et d’identité, pour ne citer que les plus connus. Beaucoup de choses ont été réalisées depuis que les suffragettes ont entamé une révolution féministe en 1848. Mais pour parvenir à une pleine égalité des sexes, l’inclusion est un aspect essentiel.

La lutte pour les droits des femmes, en général, a été menée dans le sens de la parité des sexes, notamment en ce qui concerne le droit à l’égalité de rémunération, l’accès au droit de vote, la parité sociale et la visibilité, le droit de porter des pantalons et d’adopter une présentation non conforme au sexe. Si ces victoires ont été inestimables, peu de choses ont été dites concernant la remise en cause des normes de genre en amont.

Les normes de genre imprègnent tous les niveaux des interactions sociétales, consciemment ou inconsciemment. Lorsque l’on croise les normes de genre basées sur la race, la sexualité, le statut d’immigration et d’autres identités marginalisées, il devient évident que la lutte pour la libération des femmes ne se limite pas à la réalisation de la parité des sexes.

Le féminisme de la première et de la deuxième vague a mené des batailles du point de vue des femmes blanches parce qu’elles bénéficiaient d’une visibilité et d’une institution dont, par exemple, les femmes de couleur étaient privées en raison de l’oppression raciale. Tout comme les mouvements de justice raciale ont remporté des victoires, la capacité des femmes noires à occuper des espaces qui leur ont été refusés, même au sein des mouvements féministes, a également été mise à profit.

En même temps, les femmes transgenres de couleur ont été à l’avant-garde des mouvements queer et de la lutte pour la reconnaissance et l’inclusion politique des queer, nuançant encore les mouvements de libération et leur capacité à apporter de la visibilité aux identités marginalisées. Ces trois combats parallèles ont eu du mal à se parler car les normes de genre sont appliquées et perpétuées dans un système aux interactions infinies, déguisant un ennemi commun en force négative. En effet, il devient difficile de combattre un ennemi invisible avec les outils classiques des guerres d’équité. Lorsque les luttes féministes s’entrecroisent avec les mouvements raciaux et queer, il faut regarder plus en amont les normes de genre qui sont à la base de toutes les formes de discrimination.

Nous sommes bien engagés dans une contre-révolution mondiale menée par les forces néo-fascistes. Le livre de tactique traditionnel utilisé autrefois contre la libération des homosexuels dans les années 80 et 90, et avant cela contre la libération des femmes, est maintenant utilisé contre les droits des trans, en particulier ceux des femmes trans. Leur combat pour la reconnaissance et l’inclusion est qualifié de dangereux pour la lutte des femmes pour l’équité.

Ce type de polémique appartient aux livres d’histoire du féminisme de la première et de la deuxième vague et leur objectif, posé par les femmes blanches, est de lutter pour l’accès aux mêmes privilèges sociaux et politiques que leurs homologues masculins blancs (et continuent à le faire). Lorsque les luttes féministes s’entrecroisent avec les mouvements raciaux et queer, il faut regarder plus en amont les normes de genre qui sont à la base de toutes sortes de discriminations.

Les disparités et l’inégalité entre les sexes ne peuvent être traitées sans démonter les normes existantes et exiger leur transformation radicale. Un processus qui devrait être considéré comme prioritaire par les instances dirigeantes, les institutions et les décideurs politiques qui s’efforcent de parvenir à une véritable justice sociale. Les recherches et les preuves à l’appui de ces conclusions sont sans équivoque et l’absence de progrès dans la mise en œuvre des recommandations visant à mettre fin aux inégalités entre les sexes s’est révélée être une question purement politique.

Que pouvons-nous faire ?

Promouvoir tous les espaces et mouvements qui font pression sur le pouvoir et les institutions pour mettre en œuvre le changement. Nous vous invitons à trouver la campagne ou l’organisation féministe la plus proche de vous. Voici quelques-uns des nombreux mouvements féministes et transféministes qui sont des espaces d’apprentissage, de soutien et de contribution.

DiEM25 est un mouvement féministe qui vise à aborder de nombreuses questions auxquelles les femmes et les personnes LGBTQIA+ sont confrontées

DiEM25 a un « New Deal pour les femmes » qui exige fortement l’égalité des sexes, l’autonomie et l’égalité d’accès aux droits humains fondamentaux. Le « Green New Deal pour l’Europe » est également un autre programme visant à « reconstruire l’économie européenne, réparer ses infrastructures, réhabiliter son environnement, réparer son histoire coloniale, et propulser le continent vers un avenir prospère ». Il s’attaque à l’inégalité de l’économie des soins et aux disparités de pouvoir, tout en recourant à une justice environnementale qui reconnaît la valeur que les femmes et les communautés du Sud créent pour les économies du Nord, et souligne l’importance d’une approche de justice intersectionnelle pour garantir qu’aucun groupe de personnes n’est exclu.

Le groupe de travail sur le féminisme, la diversité et les handicaps, ainsi que le DSC (féminisme intersectionnel) de genre 1, réaliseront un projet d’un mois pour célébrer, commémorer, soutenir et se souvenir de toutes les femmes. Ce projet reprend la poursuite de nos discussions féministes GNDE #FemGNDE (notre dernier épisode ici), des articles accessibles ici (et des articles plus anciens trouvés ici), une campagne de médias sociaux sur le « New Deal for Women » de DiEM25, un séminaire sur la façon d’être une alliée et des interviews de femmes de DiEM25.

 

Texte traduit en français par Elise Kerremans.

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